USA Deep South et plus – 2023 – Dans le Mississippi et autour de Lafayette

Vicksburg

Petite ville du Mississipi, Vicksburg passera probablement inaperçue dans la majorité des itinéraires possibles pour un RoadTrip aux Etats-Unis. Il est vrai qu’en dehors de son passé militaire, dont on retrouve encore pas mal d’éléments visibles, on en a vite fait le tour. Nous ne nous y arrêterons d’ailleurs pas très longtemps, arrivant tard la veille de Memphis, et repartant assez tôt, après avoir fait le tour du Vicksburg National Military Park. On y retrouve pas mal de points d’intérêts de la méconnue bataille de Vicksburg, ayant, avec celle de Gettysburg (dont nous avions découvert les fondements lors de notre RoadTrip précédent), marqué un tournant de la guerre de Sécession. Ici, c’est la bataille pour une position stratégique, surplombant le Mississipi qui a fait rage. On y retrouve plusieurs scènes détaillées, avec notamment des manœuvres héroïques (comme par exemple, l’histoire de canonniers ayant démonté leurs canons afin de pouvoir escalader un pan escarpé avant de les remonter, dominant ainsi le champ de bataille), ou des explications des différentes fortifications, rangées de canons ou même maisons d’époques encore visibles aujourd’hui. Accessible en voiture, gratuit avec le pass America the Beautiful, n’hésitez pas à y faire une petite boucle pour vous imprégner d’une Histoire certes plutôt récente à notre échelle mais vraiment intéressante pour mieux cerner la formation des Etats tels qu’ils apparaissent aujourd’hui.

Natchez

Autre pan d’Histoire américaine, Natchez, petite ville du Deep South, toujours le long du Mississippi, où l’on en perd un peu ses repères tant les rues et les bâtiments y sont différents. Ici, aucun building, très peu d’architecture récente, oubliez les grands axes, remplacez les par des petites rues à sens uniques pour la plupart et vous obtenez le joli quadrillage du centre de Natchez. Eloignez-vous en un peu pour retomber inévitablement sur le Mississippi que vous aurez l’occasion de surplomber et d’admirer, si tant est que vous soyez un minimum avertis que son eau n’est pas des plus spectaculaires loin de là. Si Natchez est aussi bien conservée, c’est avant tout parce que ses habitants de l’époque, pour la plupart de riches familles, n’étaient pas du tout opposées aux idées du Nord, malgré leur position très au Sud. Comme nous le découvrirons à Rosalie Mansion & Gardens, l’armée du Nord y a été très bien accueillie, les habitants n’hésitant pas à céder une part de leur maison pour que les généraux y siègent, en échange d’une conservation de leur bien, et d’un certain respect mutuel. Et c’est pour cette raison que la ville n’a pas connu la même fin que d’autres, complètement détruites par les généraux ayant défait l’armée en place, et subi l’affront de la population. Nous avions repéré, en dehors de toutes les maisons d’époque méritant le coup d’œil, un certain nombres de maisons particulièrement conservées, que nous avons pour certaines visitées. Si certaines informations se recoupent dans ces visites, nous tenons à souligner tout de même la complémentarité de ces découvertes. Ainsi, si nous nous sommes faits refouler sans même pouvoir apercevoir Longwood Manor gratuitement de l’extérieur (il fallait s’affranchir du droit d’entrée, valable pour une visite guidée non dissociable), nous avons profité d’une visite guidée de Stanton Hall rien que tous les deux.

On y a découvert l’histoire d’une riche famille, dont le père était propriétaire de plantations (comme la plupart des familles aisées de l’époque à Natchez), ayant choisi Natchez pour s’installer, entre proximité des plantations, en contrebas de l’autre côté du Mississippi, et commodité de la ville. Toutes ces familles ont vécu multiples rebondissements dans leur histoire, avec les maladies, notamment la fièvre jaune, dont elles comprendront bien trop tard que celle-ci était véhiculée par les moustiques, proliférant au bord du fleuve. Mais ce sont aussi ces rebondissements qui ont façonné ces maisons telles qu’on peut les voir aujourd’hui. Nous avons particulièrement apprécié notre guide, ancien batteur de la Nouvelle-Orléans, aujourd’hui en quête d’une vie plus paisible, ici à Natchez, pour sa capacité à détailler la vie des propriétaires, leurs choix, les raisons de ces choix, et la logique ayant faite que la maison est aujourd’hui telle qu’on peut l’apercevoir et aussi bien préservée.

Pour la petite anecdote technique, la conservation de ces maisons repose également sur l’utilisation majeure de cyprès, un bois répandu dans la région, particulièrement résistant aux années et imputrescible, pour la construction des fondements. Tout l’aspect majestueux de ces maisons robustes repose en revanche sur un matériau bien moins noble, le stuc.

Rosalie Mansion & Gardens, dont nous parlions plus haut, nous a laissé un sentiment partagé, car si découvrir l’Histoire de cette bâtisse, où des généraux qui ont été accueillis par la famille a été intéressant, le côté un peu « surprotecteur » de notre guide avec les objets et pièces mis en évidence nous a quelque peu refroidis (les photos étant également interdites). En revanche, les jardins autour de la maison méritent un petit détour, avec en ce qui nous concerne, la première rencontre jamais faite avec un colibri (qui se sera d’ailleurs bien amusé à fuir autant que possible notre objectif !). En résumé, cette visite se place comme un bon complément de celle de Stanton Hall.

Pour notre nuit à Natchez, nous avions fait une petite entorse à notre budget, en réservant dans une ancienne maison victorienne transformée en chambres d’hôtes. Il y a, en fin de compte, beaucoup de maisons ainsi transformées, mais nous avions opté pour The Linden. A notre arrivée, nous avons été accueilli par le mari de la propriétaire, ayant hérité de la maison, et avons réellement apprécié notre séjour. Après une bonne nuit de sommeil, nous avons eu le droit à un petit-déjeuner original, composé de recettes de familles avec des flocons d’avoine chaud et d’autres spécialités assez éloignées de nos classiques européens. S’en est suivie une visite de la propriété, très intéressante finalement pour en comprendre à la fois l’évolution au fil du temps, le choix du mobilier et la transformation en chambres d’hôtes.

Notre petit conseil de soirée, si comme nous vous vous retrouvez finalement à court de visites et d’idées en milieu d’après-midi, et ne souhaitez pas fuir la zone pour trouver une zone plus « vivante », prendre la direction du Mississippi, en contrebas de Natchez pour aller boire une bière (ou autre chose…!) en musique à Under the Hill Saloon. Vous y retrouverez un cadre atypique, dans l’ancienne maison de Mark Twain, où toutes les générations se retrouvent et où au final vous pourrez profiter d’un bon moment avec les locaux, loin des attrape-touristes. Nous dînerons juste à coté, à Magnolia Grill offrant côté terrasse une superbe vue sur le pont traversant le fleuve. Nous sortirons d’ailleurs afin d’en faire quelques clichés au moment du coucher de soleil qui restera l’un de ces souvenirs simples, mais finalement incontournables de ce RoadTrip.

Swamp Tour Lake Martin

Le Swamp Tour ! Wow, que dire… Plein de choses. Tout d’abord, la rencontre avec Wendy Thibodeaux, assise au bord du lac, casquette jaune sur la tête, comme annoncé dans le mail, histoire de ne pas se tromper pour la reconnaître. Nous ne savions pas trop à quoi nous attendre en arrivant, et au final, il doit y avoir autant de Swamp Tour que de guides et d’endroits où les faire. Un peu à l’instar des tours en Airboats comme nous avions pu en faire en Floride l’année dernière. Certains doivent être plus orientés sensations fortes et pointes de vitesse, tandis que d’autres observation de la faune et de la flore et explications. Notre guide, assez récente dans le milieu à priori, après une reconversion professionnelle, nous aura mis directement à l’aise, n’hésitant pas à nous guider, parfois même assez familièrement, afin que tout cela se passe au mieux. Nous avons glissé dans l’eau tout doucement depuis la berge où le bateau était posé, et à seulement 5 sur la petite embarcation, nous avons d’abord traversé une zone assez ouverte, où seuls les cyprès et quelques oiseaux nous tenaient compagnie. Wendy nous a expliqué la chasse dans ce milieu et montré comment les chasseurs rejoignaient les affûts et autres baraques fabriquées plus ou moins sommairement. Nous avons ensuite traversé le lac à vive allure (enfin aussi vite que notre petite barque à fond plat le permettait), avant d’avoir l’un des premiers moments forts de la balade.

Wendy a coupé le moteur, laissé la barque dériver jusqu’à des herbes en surfaces, parmi lesquelles un nid rempli d’alligators, et à seulement quelques mètres, l’impressionnante mère surveillant la scène. On a ensuite poursuivi par des passages plus étroits entre les cyprès, recouverts de la mousse espagnole donnant une sensation mélancolique au paysage, avec le tout dérivant au gré du vent, flottant doucement dans l’air. Plusieurs rencontres avec des alligators et des tortues plus loin, nous avons même eu le droit à un moment de totale spontanéité où un oiseau est passé avec un animal dans ses griffes. Wendy s’est retournée brusquement, nous interpellant et nous montrant qu’elle aussi, parfois, restait surprise par ce que cet endroit avait à offrir. Au bout d’une heure trente de balade, en douceur et à l’affût du moindre signe donné par la nature, avec quelques passages au-dessus de troncs juste sous la surface, nous avons réellement eu la sensation d’être privilégiés d’avoir pu faire cette visite dans ces conditions.

Notre guide nous a finalement dit que pour développer son activité, elle allait bientôt recevoir un nouveau bateau, plus grand, mais toujours pas aussi grand que ceux de la concurrence, et c’est tant mieux au final, car à notre sens, la force de cette visite réside dans la proximité avec Wendy, avec la discrétion de l’embarcation permettant de ne pas être repérés trop tôt par les animaux, et avec cet aspect humain et respectueux de l’environnement découvert nécessaire à la préservation de ce milieu. Nous avons croisé un autre bateau à un moment, moteur ronflant et dimensions ne permettant pas forcément de passer là où nous sommes passés, pas sûr que cette visite aurait eu la même pertinence dans ces conditions. Pour 30$ par personne (ce qui est à la fois peu et beaucoup, selon le point de vue), nous ne pouvons que recommander Wendy, à la fois pour le Lake Martin, se prêtant particulièrement bien à ce genre de tours, et pour le personnage, à la fois attachant et intéressant. En espérant que son changement d’embarcation ne ternisse pas trop ce magnifique tableau. En ce qui nous concerne, nous aurions bien aimé pouvoir en tenter un autre, ailleurs, afin de pouvoir avoir une base de comparaison, mais notre timing ne nous en a pas laissé la possibilité.

Vermilionville

Nous avions prévu plusieurs étapes en Louisiane, afin d’en avoir un aperçu le plus exhaustif possible, incluant autant de cultures différentes que nous l’avons pu. En ce sens, Vermilionville était présent dans notre RoadTrip pour mieux comprendre la culture acadienne, dont le berceau en Louisiane est à Lafayette, capitale du pays Cajun (issu de la déformation du mot Acadien). En terme d’Histoire, les Acadiens ont été chassés de certaines provinces du Canada par les Anglais, et certains se sont réfugiés en Louisiane. Ils sont donc arrivés là, avec leur culture, leurs connaissances mais aussi leur langue, le français. Cet ensemble qui crée leur identité encore aujourd’hui tend à disparaître, de par le fait que les nouvelles générations n’ont plus la même volonté d’entretenir ces connaissances, mais également à cause de tout ce qui a été mis en place par les Américains pour imposer une culture unique à tous.

Vermilionville, en plus de détailler la vie de ces Acadiens lors des siècles précédents, permet d’en apprendre davantage sur les techniques de construction de leurs maisons, sur les métiers qu’ils ont apporté ainsi que sur leur savoir faire. Petit côté intéressant, la plupart des personnes donnant vie à cette reconstitution, parlent encore français, avec un accent qui nous était totalement inconnu, pas si proche que ça du québécois pour autant, assez chantant, et quelque fois hésitant. Mais cela faisait sens à ce qu’ils expliquaient, et nous avons trouvé cela vraiment pertinent qu’ils fassent l’effort, bien que parfois, nous n’hésitions pas à basculer en anglais afin de pouvoir échanger un peu plus en détails, et de leur montrer que nous étions aussi capable de faire un pas vers eux afin de mieux les comprendre et en apprendre davantage. En visitant la petite école, nous avons appris que la volonté des Américains a été, à un moment, de défaire l’emprise de ces différentes cultures sur la Louisiane, et cela est notamment passé par une interdiction de parler et d’apprendre le français à l’école.

Pour résumer, Vermilionville, c’est un petit bout de l’Histoire des Acadiens, un village reconstitué, avec des intervenants pas tous aussi pertinents les uns que les autres, et plusieurs maisons assez vides, mais au global, pour ceux qui se donnent les moyens d’être actifs dans la découverte, il y a vraiment la possibilité d’avoir un bon aperçu de cette culture qui tend malgré tout à disparaître. Le tarif d’entrée, à 10$ par adulte, tend à nuancer les attentes que l’on pouvait en avoir. En ce qui nous concerne, plus globalement, nous n’imaginions pas ce visage de la Louisiane avant d’y arriver, nous n’en connaissions pas beaucoup sur son Histoire, et clairement ce n’était pas ce pan là dont nous avions entendu parler. Comprendre comment la mixité de population a donné le visage actuel de la Louisiane aura été l’une des satisfactions de ce voyage, en plus de tous les souvenirs qu’on s’y sera créés.

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